Le travail de Sabine le Roche naît de matériaux qui ont déjà vécu et souligne l’épreuve du temps au lieu de l’effacer : papiers usés, tissus anciens qu’elle teint avec des matières végétales, châssis récupérés qu’elle remet en état. Sur ces cadres peuvent alors se croiser en désordre et s’appliquer avec force, le chanvre, le papier de Chine. Ces matières s’assemblent par couches successives tout comme la peinture acrylique se mêle à l’encre, aux pigments purs et aux pastels à l’écu. Sabine ne restaure pas, elle recompose dans l’esprit du pentimento. Ce qui a servi, vieilli, porte une mémoire, une énergie du geste ancré dans la matière. L’empreinte du passé n’y est pas un défaut à masquer mais la valeur même de l’ouvrage.
Ce travail de superposition est un processus lent et méditatif ponctué d’épisodes charnels et fusionnels. Déchirés, poncés, adoucis, les matériaux subissent des passages qui ne cesseront qu’une fois le point ultime d’équilibre rencontré, lorsque couleurs et formes auront trouvé leur place. Cette dualité agit comme une tension créatrice se manifestant jusque dans les moindres détails, d’un contraste entre le mat et le brillant, de l’opposition entre la verticalité et l’horizontalité, d’une infime touche de couleur chaude en réaction aux couleurs froides.
Le tableau naît d’une histoire commune qui se tisse au fil des jours, la finalité ne l’intéresse pas. Dans ce cheminement émotionnel, il y a la notion de mémoire à travers le prisme de voyages réels ou imaginaires, l’intimité des souvenirs qu’elle retranscrit dans ses paysages. Instinctif et maîtrisé, son travail est à l’image de la nature sauvage et puissante qui l’entoure.


