La peinture de Louis Debailleul utilise la technique de la détrempe, qui mêle aquarelle, peinture à la colle de caséine, pigments et lait de chaux. Cette matière minérale rappelle la fresque.
Le paysage, comme point de départ, dépouillé de toute image, nous amène à l’expérience intériorisée de l’espace, mouvement primordial de l’apparition du monde, comme un souffle.
Les compositions s’inscrivent donc dans le temps et doivent être saisies dans un surgissement, passage du non-existant à l’existant…
Le peintre tente donc de disparaitre, de se mettre en retrait pour que la peinture semble
s’être faite toute seule, à l’image des oeuvres de la nature.
La peinture a toujours recherché une ressemblance, mais de quoi parle-t-on, qu’entend-on par ressemblance?
En ce qui concerne cet artiste il s’agit d’une image intérieure, primordiale, une origine… La forme est la concrétisation d’un mouvement, d’une énergie, d’un souffle…
Et ce souffle émane d’un vide, d’un abîme.
Peindre les forces invisibles qui façonnent le visible, ne pas reproduire une image mais produire une présence…peindre l’identité physique des choses et non les représentations imagées.. voilà diverses formules qu’il aime à répéter.
Ce dépassement du visible, qu’il évoque ne peut se faire que dans l’affrontement avec la matière, dans un chaos habité de forces contradictoires, et un tableau est toujours une bataille… il ne s’agit pas de se réfugier dans un au-delà idéalisé désincarné, mais de traverser cette matière, de se condenser, de s’alourdir en elle presque pour en saisir son secret comme dans une éclaircie, une ouverture , un surgissement…



